Retour d'un vétéran à Gouvy

Un vétéran de 1944 de retour à GOUVY

 

Le 18 décembre 2014, 70 ans jour pour jour après qu’il quitta Gouvy, George Merz, 89 ans, vétéran de la 818 th Military Police Company revient pour la première fois à Gouvy.

Accompagné de sa famille, il visite l’exposition du S.I. de Gouvy à la recherche de souvenirs de son séjour à Gouvy. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvre une photo de l’exposition où il se retrouve avec trois camarades montrant un morceau de fuselage d’un V1 qui était tombé sur les Monts à Gouvy.

 

Il nous raconte, que lors de son séjour à Gouvy en 1944, il était hébergé chez l’habitant, il se rappelle des Lallemand qui habitaient dans la maison à gauche de l’actuelle librairie, ils lui avaient aménagé une chambre au grenier.

Avant son retour pour les États-Unis, il est revenu à Gouvy pour récupérer les effets personnels qu’il avait laissés chez Lallemand, malheureusement ceux-ci avaient été cachés par crainte d’éventuelles représailles des Allemands.

 

Voici le récit qu’il nous a remis lors de sa visite chez nous :

 

            Je suis parti pour l’Europe, de Boston Massachusetts, deux jours après mon 19e anniversaire, le 25 février 1944. Nous avons mis les voiles au large de la côte de la Nouvelle-Angleterre et mon jeune esprit était parsemé d’images du vieux continent m’attendant au-delà de l’Atlantique. Comme le bateau, j’ai semblé naviguer calmement, mais avec une excitation nerveuse cachée, agitant violemment mon esprit. Je n’avais jamais vécu loin de ma ville natale de Louisville, au Kentucky et, l’idée de quitter le seul endroit que j’avais jamais connu, était déjà assez intimidante, sans y ajouter les pensées de guerre.

            Après sept jours en mer, nous avons accosté sans problème en Angleterre où j’ai fait mon instruction militaire. Je me rappelle les vrombissements des motos militaires Harley, rivalisant avec le bruit des avions Bedcheck Charlies volant au-dessus du territoire anglais pendant les fins d’après-midi. Durant l’année et demie que je vais passer, j’aurai appris plus que durant une vie entière. J’ai mis les pieds sur les côtes de Normandie, traversé les rues de Paris, pris part à la Bataille des Ardennes… et même reçu la « Bronze Star »[1] pour mes actes de bravoure à Bastogne.

 

            Et, malgré toutes mes amitiés militaires, le souvenir le plus cher que j’ai désormais, ce sont les deux mois calmes que j’ai passés avec une famille dans le petit village belge de Gouvy, pendant l’année 1944.

            Dans le cadre de ma mission, la garde du dépôt de rations alimentaires à Gouvy, j’ai fait mes devoirs de policier militaire et de contrôleur du trafic dans Gouvy. J’ai été hébergé dans la maison d’une famille locale nommée Lallemand. Je n’oublierai jamais toute la gentillesse et la bonté de Joseph et Maria Lallemand et leur fille Gabriella envers moi.

            Ils m’ont logé dans le grenier aménagé de leur maison, au milieu du village, et accueilli dans leur maison comme un membre de leur famille. Ils m’ont fait cuire des repas et m’ont embrassé comme un des leurs. De temps en temps, j’escortais Gabriella à ses occupations sociales diverses et fraternisais avec ses amis dans les maisons voisines. Nous avons été accueillis, plus comme des amis que comme des soldats, des agents d’une force publique étrangère pour une communauté qui n’avait jamais vraiment eu besoin du maintien de l’ordre.

  

            Le père, Joseph, tenait une sorte de bistrot à l’extérieur du bâtiment et était très populaire parmi les villageois. Il m’a pris en sympathie et était heureux quand j’accompagnais Gabriella la nuit. Je crois qu’il a secrètement désiré que je l’épouse, mais mon rôle a été réservé à celui de tuteur… Un grand frère pour une jeune fille de 14 ans, exposée à la guerre et agitée dans ce qui devait être le plus somnolent des petits villages d’Europe.

 

            Je me rappelle avoir mangé du sanglier des Ardennes, préparé de façon experte par des chefs locaux, et bu de la bière belge avec les amis de Gabby et mes compagnons d’armes, et avoir aussi chanté des chansons lors des nuits d’automne. Les meilleurs moments étaient les rares moments où ils oubliaient que nous étions des étrangers et que nous aussi, nous l’oubliions.

            Comme moi, la famille Lallemand était catholique et assistait régulièrement à la messe. J’allais à l’église avec Gabby et je me sentais conforté dans le fait que les messes en Belgique étaient les mêmes qu’aux États-Unis. Si l’on ne partageait pas la même langue, le fait de suivre la messe en latin nous rapprochait et mon cerveau âgé de 19 ans se détendait ainsi durant une heure.

 

            Durant les nuits froides de cet automne 1944, l’air froid pénétrait dans la chambre du troisième étage de la maison et Gabriella, ou Maria, m’amenait alors une brique chauffée à la cheminée, enveloppée dans une serviette. Ces petits réconforts me rapprochaient de ma maison et me rendaient nostalgique en même temps. J’ai vraiment eu de la chance de trouver un refuge aussi paisible pendant ces temps de violence en Europe.

            Après une de ces nuits froides dans Gouvy, je me suis réveillé, soumis à de nouveaux ordres militaires, et j’ai dû quitter le village nouvellement adopté. Mon temps de passage dans Gouvy était terminé et, comme nous étions près de la frontière allemande, nous avons du évacuer, de telle sorte que les Allemands ne puissent avoir accès aux rations dont nous avions la garde. J’ai quitté Gouvy avant que notre arrière-garde ait reçu l’ordre de détruire les dépôts de rations.

 

            Après le départ de Gouvy, j’ai été envoyé à Bastogne, où était stationné auparavant le Quartier Général du VIII Corps, pendant et après la Bataille du Saillant. J’ai été envoyé sur différentes routes autour de la zone de bombardement et chargé de dénicher les soldats ennemis déguisés en G.I. Ils parlaient anglais et se déplaçaient dans des véhicules capturés aux soldats alliés. Je devais aussi régler le trafic pour les véhicules militaires se frayant un passage dans la ville. J’ai reçu ma Citation pour la « Bronze Star » pour avoir résisté au feu d’artillerie ennemi et, durant les tempêtes de neige, avoir assuré les mouvements surs et rapides du charroi, essentiels à travers la ville assiégée de Bastogne.

 

            Après Bastogne, nous avons traversé le Rhin et avons libéré le camp de concentration d’Ordruff. Nous avons voyagé à travers l’Allemagne, en continuant d’encadrer les grandes concentrations de prisonniers de guerre. J’étais dans la ville de Zullenroda, en Allemagne, quand la guerre a pris fin.

 

            J’ai voulu repasser par Gouvy avant de rentrer à la maison. J’avais laissé un sac avec des affaires personnelles dans ma chambre, le jour où nous avions évacué. J’avais espéré le récupérer et rencontrer la famille Lallemand. Quand je suis arrivé, j’ai été informé par M. Lallemand que Gabriella n’allait plus à l’école et que mes affaires avaient été enterrées avec d’autres articles pour ne pas être repérées par les Allemands, lors de leur passage.

 

            J’ai remercié M. et Mme Lallemand pour toute la bonté qu’ils m’avaient témoignée et sauté dans un train pour Marseille, en France.

Ce sera la dernière ville que je verrai en Europe.

 

Georges Merz a continué d’écrire à la famille Lallemand de nombreuses années après la guerre. Il vit à Louisville dans le Kentucky, est papa de 7 enfants et grand-père de 12 petits-enfants. L’un porte de nom de Gabriella.

  

Traduction non littérale faite par Guy Schmitz, 1er échevin.

Merci à Vincent De Koninck du S.I. de Gouvy.

 

 

En complément,

 

George faisait partie du voyage du VBoB en décembre dernier, voyage auquel Denise et Anne-Marie ont collaboré notamment pour les visites à Elsenborn et au Carrefour Parker.

 

Lors du lunch à l'Auberge du Carrefour, la présidente remit à chaque vétéran le "Certificate of Appreciation" du CRIBA  spécial 70e et les remercia tous chaleureusement pour leurs actions passées et leur présence parmi nous.

 

 



 

[1]           La Bronze Star Medal (Médaille de l’étoile de bronze) est une décoration des armées des États-Unis. Elle est la quatrième plus haute distinction pour bravoure, héroïsme et mérite.